Le rapport 2006 du Défenseur des enfants : protéger les liens affectifs
Présenté par Dominique Versini en novembre 2006, le rapport défend une meilleure reconnaissance des adultes qui participent à l’éducation d’un enfant sans être ses parents. Son objectif : faciliter le quotidien et préserver les liens affectifs lorsque les familles se séparent ou se recomposent.
L'essentiel
- Dominique Versini présente ce rapport en 2006, année où elle succède à Claire Brisset.
- Le document associé au n° 064000826 porte sur les nouvelles parentalités et le statut des tiers proches de l’enfant.
- Il propose cinq réformes concernant l’éducation quotidienne, la prise en charge de l’enfant et le maintien des relations après une séparation.
- En 2013, le code civil précise la place des tiers ayant vécu avec l’enfant et noué avec lui des liens durables.
- Depuis 2011, les missions de l’ancienne institution sont intégrées au Défenseur des droits.
Des liens essentiels que le droit reconnaît imparfaitement
Un adulte peut élever un enfant, l’accompagner pendant des années et compter beaucoup pour lui, sans disposer d’une place juridique correspondant à ce rôle. Le rapport de 2006 examine ce décalage entre la vie familiale et le droit. Il s’intéresse aux beaux-parents, mais aussi aux autres proches et aux familles d’accueil.
Son fil conducteur est la continuité des relations affectives. Une séparation, un décès ou un changement de placement peuvent éloigner brutalement l’enfant d’une personne à laquelle il est attaché. La question dépasse donc l’organisation des familles recomposées : elle touche à la sécurité affective de l’enfant et à la reconnaissance de ceux qui contribuent à son éducation. C’est l’objet du dossier consacré aux nouvelles parentalités.
Pour mesurer l’ampleur du sujet, le rapport reprend une estimation de 1,6 million d’enfants vivant en famille recomposée, issue de données de l’Insee publiées en 2003. Le terme « enfants » inclut ici les moins de 25 ans. Ce chiffre décrit donc une population et une période précises, pas la situation de 2026.
Dans son avant-propos, Dominique Versini indique également qu’un tiers des courriers reçus illustrent les souffrances liées aux ruptures familiales évoquées. Ce constat porte sur les demandes adressées à l’institution, et non sur l’ensemble des enfants en France. Ces deux repères figurent dans le rapport officiel.
Cinq propositions pour organiser le quotidien et les séparations
Le statut envisagé doit permettre aux proches d’aider les parents tout en préservant les responsabilités de ces derniers. Les cinq propositions répondent à des situations différentes :
- Créer un mandat d’éducation ponctuel. Les parents pourraient autoriser un tiers à accomplir certains actes concernant l’enfant pendant une période déterminée.
- Simplifier le partage de l’autorité parentale. Une convention homologuée par le juge permettrait d’organiser une participation plus durable du tiers à l’éducation.
- Élargir les actes autorisés au tiers auquel l’enfant est confié. Le juge pourrait lui permettre d’effectuer certains actes importants lorsque l’autorisation parentale est difficile à obtenir.
- Faciliter la prise en charge après un décès parental. Le rapport souhaite mieux permettre au proche qui élève déjà l’enfant de demander à poursuivre cet accueil.
- Reconnaître un droit au maintien des relations. L’enfant pourrait conserver des contacts avec un tiers ayant partagé son quotidien et avec lequel il a construit un lien affectif étroit.
Le mandat, la convention de partage et le maintien des relations constituent les principaux éléments de cette proposition de statut, également décrits dans un rapport sénatorial de 2008 rappelant les recommandations de Dominique Versini. Les cinq propositions et leurs modalités sont développées dans les dernières parties du document de 2006.
2006 : le passage de Claire Brisset à Dominique Versini
Claire Brisset a été la première Défenseure des enfants, de 2000 à 2006. Dominique Versini lui succède après sa nomination par décret du 29 juin 2006. Cette succession, rappelée dans le rapport d’activité de 2007, explique pourquoi les deux noms peuvent apparaître dans les travaux portant sur cette période. Le dossier sur les nouvelles parentalités est présenté par Dominique Versini.
Le rapport annuel relève d’une obligation inscrite dans la loi du 6 mars 2000 créant le Défenseur des enfants. Cette autorité indépendante devait défendre et promouvoir les droits de l’enfant, recevoir des réclamations et proposer des modifications des textes. Elle présentait chaque année son bilan au Président de la République et au Parlement, à l’occasion de la journée nationale des droits de l’enfant.
La publication de 2006 comprend aussi un bilan d’activité distinct. Celui-ci traite des requêtes individuelles, de la promotion des droits, des mineurs étrangers et des avis sur les projets de loi relatifs à la protection de l’enfance et à la prévention de la délinquance. Le dossier sur les tiers approfondit, lui, une question familiale précise.
Des débats immédiats, puis des évolutions du droit
Le rapport entre rapidement dans le débat parlementaire. Dès le 22 novembre 2006 à l’Assemblée nationale, Martine Aurillac interroge le gouvernement sur la place des beaux-parents. Le ministre Philippe Bas insiste sur le maintien des responsabilités des deux parents et propose d’examiner les difficultés pratiques avant de déterminer celles qui nécessitent une loi.
Dans le domaine plus large des droits de l’enfant, la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance renforce le droit d’être entendu : lorsqu’un mineur capable de discernement demande son audition dans une procédure le concernant, celle-ci est de droit. Le juge doit s’assurer qu’il connaît cette possibilité et celle d’être assisté par un avocat.
Une évolution concerne plus directement les liens avec les tiers. Depuis la loi du 17 mai 2013, l’article 371-4 du code civil vise expressément la personne qui a vécu de manière stable avec l’enfant et l’un de ses parents, contribué à son éducation ou à son entretien et noué des liens affectifs durables avec lui.
En 2026, le juge peut organiser ces relations si elles servent l’intérêt de l’enfant. Cette disposition permet notamment de prendre en compte la place d’un ancien beau-parent. Elle ne lui donne pas automatiquement l’autorité parentale : organiser des contacts et partager les décisions éducatives restent deux questions différentes.
Depuis 2011, la mission relève du Défenseur des droits
L’institution autonome du Défenseur des enfants a été intégrée en 2011 au Défenseur des droits, avec trois autres autorités. La défense et la promotion des droits de l’enfant font toujours partie de ses missions en 2026. Pour une difficulté actuelle, c’est cette institution qui constitue l’interlocuteur, tandis que les rapports de Claire Brisset et de Dominique Versini documentent l’histoire de cette protection.
Lire le document et retrouver la référence bibliographique
Le PDF officiel disponible sur Vie publique, de 84 pages, correspond au dossier L’enfant au cœur des nouvelles parentalités. C’est le document associé à l’ancienne référence « Défenseur des enfants : rapport annuel 2006 », rapport public n° 064000826.
Pour le citer : Défenseur des enfants, Dominique Versini, Défenseur des enfants : rapport annuel 2006. L’enfant au cœur des nouvelles parentalités, Paris, La Documentation française, 2006, 84 p., rapport public n° 064000826. Pour une citation précise, ajouter la page du passage utilisé.