La place des femmes à l’université : le rapport de 2000 sur les enseignants-chercheurs
En 2000, un rapport remis à la direction de l’enseignement supérieur examine pourquoi les femmes accèdent moins souvent aux postes de professeurs des universités. Il associe statistiques et entretiens pour éclairer les obstacles rencontrés au cours des carrières.
L'essentiel
- Noria Boukhobza, Huguette Delavault et Claudine Hermann rédigent ce rapport en 2000 à la demande de Francine Demichel, directrice de l’enseignement supérieur.
- Il rappelle alors une proportion de 34 % de femmes parmi les maîtres de conférences, contre 14 % parmi les professeurs.
- Il recommande de mieux suivre les carrières, de revoir les critères d’évaluation et de soutenir les enseignantes-chercheuses.
- Les données ministérielles publiées en 2026 indiquent, pour 2024, 46 % de femmes parmi les maîtres de conférences et 31 % parmi les professeurs.
Lire le rapport officiel (PDF, ministère de l’Éducation nationale)
Les femmes deviennent beaucoup moins souvent professeurs
Le constat central du rapport est un décrochage entre deux niveaux de la carrière universitaire. Les chiffres qu’il reprend en ouverture donnent 34 % de femmes parmi les maîtres de conférences, mais seulement 14 % parmi les professeurs des universités. Les écarts varient selon les disciplines : en lettres, une présence presque paritaire parmi les maîtres de conférences coexiste avec une forte minorité féminine parmi les professeurs. Le bulletin de l’Association nationale des études féministes du printemps 2000 rend compte de ces résultats.
Les entretiens éclairent plusieurs mécanismes : accès inégal aux réseaux de soutien, poids des responsabilités familiales, interruptions liées à la maternité et investissement dans des tâches pédagogiques ou administratives peu récompensées dans la carrière. Le rapport déplace ainsi le regard vers l’organisation du travail universitaire et les conditions concrètes d’une candidature.
Ce phénomène correspond au plafond de verre : les femmes se raréfient à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. Dans un article de 2002, la revue Médecine/Sciences revient sur l’étude de mars 2000 et souligne que les difficultés d’accès au professorat se retrouvent malgré des proportions de femmes très différentes d’une université à l’autre. Une discipline plus féminisée ne garantit donc pas, à elle seule, des carrières plus égalitaires.
Suivre les parcours et mieux reconnaître le travail accompli
Les conclusions du rapport proposent de rendre les inégalités observables à chaque étape. Les autrices demandent de rapprocher, par sexe et par discipline, les données sur les doctorats, les habilitations, les qualifications, les candidatures et les recrutements. Suivre les mêmes populations dans la durée permettrait de repérer précisément où les parcours divergent.
Elles préconisent aussi des critères d’avancement qui reconnaissent les trois dimensions du métier : enseignement, recherche et administration. Une évaluation centrée sur la recherche laisse dans l’ombre une partie du travail nécessaire au fonctionnement des universités.
L’accompagnement constitue un autre axe : réseaux de scientifiques, tutorat des étudiantes et des jeunes professionnelles, conseils et circulation de l’information sur les postes. Le tutorat devrait être reconnu dans le service. Les autrices souhaitent également surveiller la composition des instances qui décident des carrières et encourager les candidatures féminines.
Le volet qualitatif reste exploratoire : les autrices soulignent que les entretiens sont trop peu nombreux pour représenter toute la diversité des situations.
Un travail demandé par la direction de l’enseignement supérieur
Le rapport est rédigé par Noria Boukhobza, Huguette Delavault et Claudine Hermann, avec la participation de Françoise Cyrot-Lackmann. Il répond à une demande de Francine Demichel, alors directrice de l’enseignement supérieur au ministère de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie. Il est cité dès le printemps 2000 comme un rapport de mars 2000.
Il s’inscrit dans une période où la place des femmes dans la recherche devient un sujet de politique publique européenne et française. La Commission européenne développe des travaux sur les femmes et les sciences. En France, une mission pour la parité en sciences et en technologie est créée en septembre 2001, puis un Livre blanc sur les femmes dans la recherche paraît en mars 2002. L’article de Médecine/Sciences retrace ces initiatives et leurs premiers constats.
Les recrutements et les établissements sont progressivement encadrés
Au cours des décennies suivantes, l’égalité professionnelle prend une place plus explicite dans les règles universitaires. La loi du 22 juillet 2013 renforce la représentation équilibrée des femmes et des hommes dans les instances de l’enseignement supérieur. La loi du 6 août 2019 impose aux établissements publics des plans d’action pour l’égalité professionnelle.
La circulaire du 18 juin 2020 sur le recrutement des enseignants-chercheurs traduit cette orientation en consignes concrètes. Elle demande de transmettre aux comités de sélection des données distinguant femmes et hommes : personnes qualifiées, recrutements antérieurs, candidatures reçues et dossiers retenus pour l’audition.
L’objectif est de rendre visibles les écarts à chaque étape et de sensibiliser les recruteurs aux biais susceptibles d’influencer leur jugement. La circulaire précise que ces indicateurs ne doivent pas servir à imposer des proportions de candidates et de candidats aux différentes étapes de la sélection.
En 2026, la progression est nette, l’écart demeure
La note ministérielle publiée en 2026 sur les personnels en 2024 donne les proportions suivantes :
| Corps universitaire | Part des femmes en 2024 |
|---|---|
| Maîtres de conférences | 46 % |
| Professeurs des universités | 31 % |
Les femmes approchent donc la moitié des effectifs parmi les maîtres de conférences, mais représentent moins d’un tiers des professeurs. Ces données portent sur 2024, et non sur les effectifs de 2026. Elles décrivent la composition des corps : elles ne donnent pas directement la probabilité individuelle d’obtenir une promotion.
Le plan national d’action 2025-2027 poursuit le travail sur les carrières, les rémunérations et l’articulation entre vie professionnelle et familiale. Il comporte aussi des mesures de formation, de prévention des discriminations et de protection de la santé des femmes au travail. Ses objectifs prolongent plusieurs préoccupations déjà présentes en 2000 : rendre les écarts mesurables et agir sur les conditions dans lesquelles les carrières se construisent.
Lire le document et le citer
Le PDF conservé sur Vie publique donne accès au texte et à des annexes statistiques. Cette version compte 47 pages et porte la mention « Octobre 2000 » en couverture.
Référence : Noria Boukhobza, Huguette Delavault et Claudine Hermann, avec la participation de Françoise Cyrot-Lackmann, Les enseignants-chercheurs à l’université : la place des femmes, rapport à Francine Demichel, ministère de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, 2000.
Sources et documents officiels
- Ministère de l’Éducation nationale — Les enseignants-chercheurs à l’université : la place des femmes, 2000
- Inserm, iPubli — Les femmes dans la recherche française, Médecine/Sciences, 2002
- Bulletin officiel — Égalité de traitement dans le recrutement des enseignants-chercheurs, circulaire du 18 juin 2020
- Ministère de l’Enseignement supérieur — Les personnels enseignants en 2024, note DGRH n° 3 de 2026
- Ministère de l’Enseignement supérieur — Plan national d’action 2025-2027 pour l’égalité professionnelle