La parentalité en questions : comprendre le rapport de Claude Martin (2003)
En avril 2003, le sociologue Claude Martin examine pour le Haut conseil de la population et de la famille ce que signifie être parent et comment soutenir les familles.
L'essentiel
- Le rapport analyse les usages du mot « parentalité » dans les débats scientifiques et politiques.
- Il invite à comprendre les difficultés des parents sans les assimiler à une démission.
- Ses conclusions privilégient l’accompagnement et la prise en compte des conditions de vie.
- Depuis 2021, les services de soutien à la parentalité disposent d’une définition légale.
La parentalité désigne un rôle qui dépasse le lien biologique
Le point de départ est une distinction utile : la parenté, la vie conjugale et l’exercice quotidien du rôle de parent ne se recouvrent pas toujours. Une séparation met fin à un couple sans supprimer ses responsabilités envers les enfants. Dans une famille recomposée, un adulte peut participer à leur éducation sans être leur parent légal. Le mot parentalité permet de réfléchir à ces responsabilités et à ces pratiques, au-delà de la seule filiation.
Cette distinction sera reprise dans l’évaluation du soutien à la parentalité publiée par l’Inspection générale des affaires sociales en 2013, qui cite Claude Martin. Elle éclaire la différence entre reconnaître un lien juridique et comprendre qui prend effectivement soin d’un enfant.
Les transformations familiales changent les attentes envers les parents
La diversification des parcours familiaux modifie les places de chacun. Les séparations, les recompositions et les différentes façons de former une famille conduisent à regarder davantage la relation entre l’adulte et l’enfant. Dans son analyse de la politique familiale publiée en 2014, Sandrine Dauphin rattache explicitement cette lecture aux travaux de Claude Martin de 2003 : la parentalité rend visible une dimension sociale de la parenté, qui ne repose pas seulement sur la biologie.
Ce déplacement concerne aussi l’action publique. Dès lors que des institutions accompagnent les parents, elles transmettent des attentes sur la manière d’éduquer. Le soutien pose donc une question de fond : quelles pratiques sont reconnues comme légitimes, et quelles familles risquent de se sentir jugées ? Sandrine Dauphin prolonge cette réflexion en interrogeant les normes liées au milieu social et aux rôles féminins et masculins.
Accompagner les parents suppose de comprendre leur quotidien
Claude Martin propose de partir du sens que les parents donnent à leurs responsabilités. Il recommande d’évaluer les dispositifs d’écoute, de permettre les échanges sans imposer un modèle éducatif et de considérer le temps disponible, le partage des tâches et l’articulation avec le travail. Le rapport formule ainsi une orientation pour l’action publique, sans présenter un programme de mesures détaillées. Ces conclusions figurent aux pages 53 et 54 du texte officiel.
En 2003, le soutien aux parents devient un domaine d’action publique
L’auteur est alors directeur de recherche au CNRS. Son travail pour le Haut conseil de la population et de la famille intervient dans une période de structuration de l’accompagnement des parents.
Les réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents, les REAAP, ont été créés par une circulaire du 9 mars 1999. Leur ambition est de favoriser les rencontres et de donner aux parents des moyens d’exercer leur rôle éducatif. L’IGAS rappelle cette origine et relève ensuite une tension persistante : valoriser les compétences parentales et chercher à corriger des défaillances supposées conduisent à des interventions très différentes. La confiance et l’adhésion des familles se trouvent au centre de ce débat.
Depuis 2021, un cadre légal organise le soutien à la parentalité
L’ordonnance du 19 mai 2021 introduit une définition dans le code de l’action sociale et des familles. L’article L. 214-1-2, toujours en vigueur en 2026, vise les activités qui accompagnent les parents dans leur rôle éducatif : écoute, conseil, information, soutien, mais aussi entraide et échanges entre parents. Une telle activité peut constituer un service à part entière ou compléter un autre accueil, notamment celui des jeunes enfants.
Une charte nationale, créée en mars 2022 puis modifiée en juillet, précise les principes applicables. Elle demande de construire les interventions avec les parents, de reconnaître leurs capacités et d’accueillir toutes les familles. Elle couvre la période précédant la naissance jusqu’à l’entrée de l’enfant dans la vie adulte.
La charte nationale de soutien à la parentalité accorde également une place aux grands-parents et aux beaux-parents. Elle prévoit des formes d’accompagnement variées, individuelles ou collectives, et insiste sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Les intervenants doivent disposer de compétences ou d’une formation, ainsi que de temps pour analyser leurs pratiques. Ces principes donnent un contenu concret à l’accompagnement : écouter, associer les familles et adapter l’aide à leur situation.
En 2026, les conditions de vie restent au cœur du débat
Le Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA adopte, le 12 mars 2026, le rapport Aider les parents à aider les enfants à grandir. Il souligne à nouveau que l’aide aux parents doit tenir compte du travail, du logement, de la santé et des inégalités territoriales.
Le paysage des dispositifs a évolué : depuis janvier 2025, le Fonds national parentalité a pris le relais des REAAP dans le financement de leurs actions. Les lieux d’accueil enfants-parents, l’accompagnement à la scolarité, la médiation familiale et les espaces de rencontre participent aussi à cette politique.
Le rapport de 2026 demande une offre de proximité plus lisible et coordonnée. Il rappelle également que le soutien doit rester accessible à tous les parents et ne pas se limiter à la petite enfance. Le débat porte donc toujours sur la capacité à proposer une aide durable, adaptée aux réalités familiales.
Lire et citer le rapport de 2003
Le PDF est accessible sur Vie-publique.fr. Référence : Claude Martin, La parentalité en questions. Perspectives sociologiques, rapport pour le Haut conseil de la population et de la famille, avril 2003. Identifiant documentaire : 034000552.
Sources et documents officiels
- Claude Martin — La parentalité en questions, rapport de 2003
- IGAS — Évaluation de la politique de soutien à la parentalité, 2013
- Légifrance — Article L. 214-1-2 du code de l’action sociale et des familles
- Charte nationale de soutien à la parentalité, 2022
- HCFEA — Aider les parents à aider les enfants à grandir, 2026