L’OTAN après la guerre froide : élargissements, interventions et défense collective
Le dossier « L’OTAN après la guerre froide », réalisé par La Documentation française en novembre 2006, explique comment l’Alliance a survécu à la disparition de l’URSS en accueillant de nouveaux membres et en étendant ses missions. Depuis, les interventions extérieures et la guerre en Ukraine ont de nouveau transformé ses priorités.
L'essentiel
- Le dossier de 2006 décrit une double transformation de l’OTAN : son élargissement géographique et l’extension de ses missions.
- La Bosnie, le Kosovo puis l’Afghanistan font de l’Alliance un acteur de la gestion des crises au-delà du territoire de ses membres.
- L’intervention en Libye en 2011 et la fin de l’engagement en Afghanistan en 2021 sont postérieures au dossier.
- Depuis 2014, et plus encore depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, la défense collective retrouve une place centrale.
- En 2026, l’OTAN compte 32 membres, après les adhésions de la Finlande en 2023 et de la Suède en 2024.
Lire le rapport parlementaire cité dans le dossier (Assemblée nationale, 1999)
Après 1991, l’OTAN change de rôle sans abandonner la défense collective
Le constat central du dossier est simple : la disparition de l’Union soviétique n’entraîne pas celle de l’Alliance atlantique. Créée en 1949 pour assurer la sécurité de ses membres, l’OTAN conserve sa fonction de défense commune tout en développant des partenariats et des opérations de gestion de crise.
Les concepts stratégiques de 1991 et de 1999 organisent cette adaptation. Ces textes fixent les menaces à prendre en compte et les missions de l’Alliance. Le premier ouvre davantage la voie à la coopération avec les anciens adversaires ; le second donne une place explicite à la gestion des crises, dans le contexte des guerres en ex-Yougoslavie.
Défense collective et intervention extérieure répondent à des situations différentes. L’article 5 du traité de Washington prévoit une assistance lorsqu’un membre subit une attaque armée. Chaque allié prend les mesures qu’il juge nécessaires, lesquelles peuvent comprendre l’emploi de la force. Il ne prescrit donc pas une réponse militaire identique de tous les États. Les décisions politiques de l’Alliance se prennent par consensus, comme le rappelle France Diplomatie.
L’élargissement associe adhésions et coopération avec les voisins
L’OTAN passe de 16 membres à la fin de la guerre froide à 26 lors de la réalisation du dossier. En 1999 entrent la Pologne, la Hongrie et la République tchèque. En 2004 suivent sept États : Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie et Slovénie. Ces adhésions successives étendent à l’Europe centrale et orientale la garantie de défense alliée.
En parallèle, l’Alliance construit des relations avec des pays qui n’en sont pas membres. Le Partenariat pour la paix, lancé en 1994, permet notamment des exercices et une coopération militaires. Le Conseil de partenariat euro-atlantique, créé en 1997, fournit un cadre de consultation politique. Être partenaire ne donne pas la protection de l’article 5.
La coopération concerne aussi la Russie : l’Acte fondateur de 1997, puis le Conseil OTAN-Russie de 2002, cherchent à organiser le dialogue. Le dossier traite également des relations avec l’Ukraine et du Dialogue méditerranéen. Cette ouverture diplomatique accompagne l’élargissement, sans se confondre avec lui.
Des Balkans à l’Afghanistan, des missions et des mandats différents
En Bosnie-Herzégovine, l’OTAN participe aux opérations aériennes pendant la guerre, puis déploie l’IFOR après les accords de Dayton, en décembre 1995. Cette force d’environ 60 000 militaires, sous mandat de l’ONU, doit faire appliquer les dispositions militaires de la paix. La SFOR lui succède en décembre 1996. En décembre 2004, l’Union européenne reprend l’essentiel de cette mission avec l’opération Althea. Ce passage de relais en Bosnie illustre la coopération entre les deux organisations.
Au Kosovo, deux séquences doivent être distinguées. La campagne aérienne contre la République fédérale de Yougoslavie, de mars à juin 1999, est menée sans autorisation explicite du Conseil de sécurité, une question soulignée dans un rapport du Sénat sur l’OTAN. La KFOR, déployée ensuite, dispose en revanche d’un mandat fondé sur la résolution 1244 du 10 juin 1999. Sa mission de sécurisation et de protection de la liberté de circulation se poursuit en 2026.
En Afghanistan, l’OTAN prend le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité, la FIAS, en août 2003. Créée sous mandat de l’ONU en 2001, celle-ci doit aider les autorités afghanes à assurer la sécurité. Elle se distingue de l’opération américaine Enduring Freedom, lancée contre Al-Qaida et les talibans en octobre 2001. L’invocation de l’article 5 après le 11-Septembre ne rend donc pas interchangeables ces opérations. La chronologie de l’engagement afghan précise leurs cadres respectifs.
Le dossier évoque aussi les interventions en Macédoine, le soutien au Darfour, la formation en Irak et la surveillance maritime antiterroriste en Méditerranée. La transformation concerne ainsi autant les missions de soutien que les opérations de combat.
Un dossier explicatif de 2006, sans programme de réformes
Réalisé par La Documentation française en novembre 2006, ce dossier rassemble analyses thématiques, chronologie, présentation des structures et ressources bibliographiques. Son fil conducteur est la transformation de l’Alliance, avec une attention aux capacités opérationnelles, aux relations avec l’Union européenne et à la place de la France.
Il s’agit d’un dossier documentaire, et non d’un rapport proposant une série de mesures à appliquer. Son apport est de montrer comment une organisation conçue pour la confrontation entre blocs devient aussi un instrument de gestion des crises. La photographie s’arrête avant plusieurs ruptures : le retour français dans le commandement intégré, l’intervention en Libye et les guerres russo-ukrainiennes.
Après 2006, les interventions révèlent les difficultés de la stabilisation
En 2009, la France reprend pleinement sa place dans les structures militaires intégrées, quittées en 1966. Elle était restée membre de l’Alliance pendant toute cette période.
En Libye, l’opération Unified Protector s’achève le 31 octobre 2011. Elle applique un embargo sur les armes, une zone d’exclusion aérienne et des mesures de protection des civils, dans le cadre des résolutions de l’ONU. Mais la chute du régime de Kadhafi ne débouche pas sur une stabilisation durable. Un rapport parlementaire français de 2015 souligne l’imprécision des objectifs stratégiques et les insuffisances de la préparation de l’après-conflit.
En Afghanistan, la FIAS prend fin en 2014. Resolute Support lui succède en 2015 pour former, conseiller et assister les forces afghanes. Le retrait de 2021 s’accompagne de leur effondrement et du retour des talibans au pouvoir. Le bilan établi par l’OTAN insiste ensuite sur la nécessité de fixer des objectifs réalisables et de maîtriser l’élargissement des missions.
En 2026, la défense du territoire allié redevient prioritaire
L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, puis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, entraînent un renforcement de la dissuasion et de la défense alliées. Le concept stratégique de 2022 désigne la Russie comme la principale menace directe pour la sécurité des Alliés, tout en maintenant les missions de gestion des crises et de coopération.
L’élargissement continue : Albanie et Croatie en 2009, Monténégro en 2017, Macédoine du Nord en 2020, Finlande en 2023, puis Suède en 2024. L’Alliance compte ainsi 32 membres en 2026.
Le réarmement occupe désormais une place centrale. La déclaration de La Haye de juin 2025 fixe un engagement de dépenses de défense et de sécurité atteignant 5 % du PIB d’ici 2035, dont au moins 3,5 % pour la défense proprement dite. C’est un objectif futur, pas un niveau déjà atteint par tous.
Référence du dossier et accès à un texte officiel associé
Référence à citer : La Documentation française, « L’OTAN après la guerre froide », dossier documentaire, novembre 2006. Le rapport de Paul Quilès sur les négociations relatives au concept stratégique de l’OTAN, Assemblée nationale, n° 1495, 1999, est accessible en texte intégral. Cité dans la bibliographie du dossier, il constitue un document distinct consacré aux choix stratégiques de l’époque.