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Le marché interbancaire : prêts entre banques, taux et crises de liquidité

Les banques empruntent aussi : elles se prêtent des liquidités pour régler leurs paiements et équilibrer leur trésorerie. Le marché interbancaire relie ainsi les décisions de la banque centrale au financement de l’économie, mais peut se bloquer lorsque la confiance disparaît.

L'essentiel

  • Le marché interbancaire permet aux banques de couvrir leurs besoins de trésorerie à court terme.
  • Les prêts peuvent être accordés sans garantie ou contre des titres, notamment par une pension livrée.
  • L’€STR mesure un coût d’emprunt au jour le jour ; l’Euribor couvre cinq échéances, d’une semaine à douze mois.
  • La banque centrale influence les taux et fournit des liquidités contre des garanties.
  • Depuis la crise de 2008, le refinancement des banques et les exigences de liquidité ont profondément évolué.

Lire l’explication officielle sur les taux et le refinancement (Banque de France)

Mis à jour le 30/10/2026

Les banques se prêtent pour assurer leurs paiements quotidiens

Une banque peut disposer de crédits rentables et manquer momentanément d’argent immédiatement disponible. Ses clients effectuent des virements, retirent des espèces ou paient des bénéficiaires dans d’autres établissements. Ces mouvements font varier sa trésorerie au fil de la journée. Le marché interbancaire lui permet d’emprunter auprès d’une banque qui dispose, au même moment, de liquidités disponibles.

Les opérations portent généralement sur des durées courtes, du jour au lendemain jusqu’à un an. Une même banque peut prêter à une échéance et emprunter à une autre : tout dépend du calendrier de ses entrées et sorties de fonds. Les conditions sont négociées entre établissements, comme l’explique la fiche du ministère de l’Économie sur le marché interbancaire.

Pour régler leurs échanges, les banques utilisent notamment leurs avoirs auprès de la banque centrale, appelés réserves. Un prêt entre banques redistribue cette monnaie disponible. Il ne suffit donc pas, à lui seul, à combler un besoin global de monnaie centrale du système bancaire. C’est la différence entre le manque de trésorerie d’un établissement et un besoin de refinancement collectif.

Prêter sans garantie ou recevoir des titres en échange

Un prêt dit « en blanc » n’est pas garanti par des titres. Le prêteur évalue la capacité de l’autre banque à rembourser et fixe ses conditions en conséquence. Si la confiance se dégrade, il peut demander un taux supérieur, raccourcir la durée du prêt ou refuser de renouveler son financement.

Une pension livrée, ou repo, permet au contraire d’obtenir des liquidités en cédant temporairement des titres, avec un engagement de rachat à une date et à un prix convenus. Économiquement, ces titres sécurisent le financement. Le prêteur peut appliquer une décote : il fournit alors moins d’argent que la valeur des titres reçus. La Banque de France décrit ce mécanisme dans son analyse du financement par pension livrée.

La garantie réduit le risque sans le supprimer. Si sa valeur baisse, l’emprunteur peut devoir apporter des garanties supplémentaires, précisément au moment où sa trésorerie est déjà tendue.

€STR et Euribor mesurent des financements différents

Il n’existe pas un taux unique pour tous les prêts entre banques. Le prix dépend notamment de la durée, des garanties et du risque de remboursement. Deux références occupent une place particulière dans les contrats financiers en euros.

RéférenceCe qu’elle mesureÉchéance
€STRLe coût des emprunts en euros, sans garantie, des banques de la zone euro auprès d’acteurs financiers.Au jour le jour.
EuriborLe taux auquel les établissements de crédit peuvent obtenir des financements de gros en euros sans garantie.Une semaine ; un, trois, six et douze mois.

L’€STR dépasse le seul marché entre banques. Son calcul inclut des emprunts auprès d’autres institutions financières, notamment des fonds monétaires. Publié par la BCE, il repose sur des transactions réalisées la veille. Cette définition explique pourquoi il peut être inférieur au taux de dépôt de la banque centrale : tous les prêteurs concernés n’ont pas accès à cette facilité. La BCE précise le périmètre de l’€STR.

L’Euribor est administré par l’European Money Markets Institute, et non fixé par la BCE. Sa méthode privilégie les transactions effectives et prévoit des calculs complémentaires lorsqu’elles sont insuffisantes. Dans un crédit à taux variable indexé sur l’Euribor, le contrat détermine l’échéance retenue, la marge ajoutée et les dates de révision.

La banque centrale agit sur le prix et la disponibilité des liquidités

Dans la zone euro, la BCE et les banques centrales nationales forment l’Eurosystème. Les banques peuvent obtenir auprès de celui-ci des financements contre des garanties admissibles. Les opérations principales de refinancement ont une durée d’une semaine ; la facilité de prêt marginal permet d’emprunter jusqu’au lendemain. La facilité de dépôt accueille, elle, les liquidités placées pour une nuit.

Ces trois instruments ont chacun leur taux. Le cadre opérationnel annoncé en mars 2024 consacre le rôle du taux de la facilité de dépôt pour orienter les taux monétaires à court terme.

Ce mécanisme touche aussi les ménages et les entreprises. Un financement bancaire plus coûteux tend à renchérir le crédit, ce qui freine certaines dépenses et certains investissements. La transmission n’est toutefois pas instantanée : elle dépend notamment des contrats existants et des conditions de financement propres aux banques. La Banque de France explique ce rôle des taux directeurs.

Une crise de confiance peut interrompre le financement

Liquidité et solvabilité désignent deux problèmes différents. Une banque peut manquer de moyens de paiement disponibles sans que ses actifs aient perdu toute leur valeur. À l’inverse, lorsque les pertes absorbent ses fonds propres, un nouveau prêt ne suffit pas à réparer son bilan.

En période de crise, les banques hésitent à prêter, par crainte des pertes cachées chez leurs partenaires ou pour conserver leur propre trésorerie. Après la faillite de Lehman Brothers en 2008, cette méfiance a fortement perturbé les échanges. La BCE a alors fourni des liquidités à taux fixe en satisfaisant intégralement les demandes admissibles, sous réserve de garanties suffisantes. Son explication des excédents de liquidité retrace ce changement.

Un soutien exceptionnel existe également : l’assistance de liquidité d’urgence, ou ELA. Accordée par les banques centrales nationales selon un cadre spécifique, elle vise des établissements solvables confrontés à des difficultés temporaires de liquidité.

Depuis 2008, davantage de protections, mais des risques persistants

Les réformes de Bâle III ont ajouté deux protections complémentaires. Le ratio de liquidité à court terme, LCR, impose un stock d’actifs liquides de haute qualité pour couvrir les sorties nettes prévues dans un scénario de tensions de trente jours. Le ratio de financement stable, NSFR, limite les déséquilibres de financement à un horizon d’un an.

Les références de taux ont aussi changé. L’€STR a été publié pour la première fois le 2 octobre 2019. Après une transition, la publication de l’Eonia a cessé le 3 janvier 2022. L’Euribor demeure utilisé en 2026, avec une méthode de calcul régulièrement révisée.

Les garanties ne rendent pas pour autant les marchés insensibles aux crises. Dans son rapport de juin 2026, la Banque de France souligne les vulnérabilités du marché des pensions livrées : financements très courts, concentration des opérations et rôle croissant des fonds d’investissement peuvent amplifier un choc de liquidité.

Lire une explication officielle et retrouver la référence citée

L’intitulé ancien « Problèmes économiques : le marché interbancaire » ne suffit pas à établir une référence bibliographique complète avec auteur, date et numéro. Pour disposer d’une explication institutionnelle actuelle, consulter Les taux directeurs, Banque de France, collection ABC de l’économie, mis à jour le 24 septembre 2026. Ce document distinct peut être cité sous cette référence, accompagnée de son URL et de la date de consultation.

Sources et documents officiels